Dans sa savoureuse ‘’Encyclopédie capricieuse du tout et du
rien’’ (Belfond), Charles Dantzig nous propose la notion de ‘’nation
building’’ ; construction de nation. Il crée à partir de rien sa nation
idéale. Voici ses principes constitutionnels !
‘’Taisez-vous sujets.
Soit
un pays de 100 000 km² sur la Méditerranée qui aura l’Angleterre pour
colonie. Il sera de forma carrée, avec des fantaisies dans les marges,
cicatrices romanesques de notre fastueuse histoire, et aura pour voisins,
répartis en marguerite, l’Italie, le Laos, Tahiti, la Méditerranée et cette
Angleterre qui n’est déparée de nous que par la rue Amory-Blaine.*
Il
n’aura pas moins de quatre-vingts millions d’habitants mais, comme les Druzes
du Liban, ne cherchera pas à accroître sa population. ‘’ Nous ne sommes
pas un pays, mais un club’’ disent volontiers les habitants de notre nation.
On
encourage les mariages avec les étrangers afin de développer la culture de nos
habitants.
On
peut y changer de nationalité comme de chemise. Le matin italien, à midi
anglais, l’après-midi tahitien, le soir chinois, à minuit espagnol. Et,
permettant qu’on s’en échappe, notre glorieuse nation fait que tout le monde
rêve d’elle.
‘’Nation’’
est un mot comme ça. A proprement parler, nous sommes un petit empire réunissant,
c’est exceptionnel, des peuples qui s’adorent.
Le
premier ministre est étranger, pour ôter sa vanité chauvine des têtes obtuses
de la plèbe. Cela sert aussi à éloigner de » l’ambition de toutes les
demi-élites locales qui se portent vers
la politique par médiocrité.
Notre
glorieuse nation n’a pas de relations diplomatiques avec les Pays-Bas, la
France et l’Académie Goncourt. Dès qu’un régime démagogique, clownesque et
funèbre à la Chavez-Ortega-Morales apparaît, notre nation rompt ses relations
diplomatiques avec lui.
Nous
avons de bons soldats, ce qui n’empêche pas la civilité. L’autre jour, à
l’état-major, un général a dit à un autre :’’ Tu es énervé. Tu veux une
brioche ?’’.
Notre
nation accorde l’asile politique à tous les artistes qui le demandent. C’est
ainsi qu’elle s’est enrichie de 10 000 fainéants, mais aussi de dix grands
écrivains, peintres, musiciens et cinéastes qui accroissent sa gloire.
On
habitue les enfants aux lectures qui ne sont ni de leur âge ni de leur pays. A
10 ans, en classe e mimosa, on apprend ‘’ces nymphes, je
veux
les perpétuer’’**, ‘’Entrase el mar por un arroyo breve’’***, ‘’Voi ch’ascoltate in
rime sparte il suono’’****.
Dans
notre droit pénal, la susceptibilité est un crime. 90% de nos musulmans ont
émigré.
Un
autre crime et sévèrement puni est la pudeur. Cela vient de ce que notre plus
grand pénaliste est mort vierge à 92 ans et demi, après avoir confié à son
confesseur, en parlant de sa vieille gouvernante : ‘’ Je viens de lui dire
‘’je t’aime’’. Je lui avais murmuré, il y a 12 ans :’’Je suis amoureux’’,
mais, entre dire ‘’je suis amoureux’’ et dire ‘’je t’aime’’, il y a un monde.
On ne m’a pas appris à le visiter. La pudeur a tué ma vie après ma sœur’’. ( Sa
sœur était morte d’un cancer pour avoir refusé de montrer ses organes génitaux
au médecin.)
L’hiver
est interdit plus de huit jours (en deux fois).
L’hymne
national est :’’ Le roi, sa femme et son p’tit prince’’ :
Lundi matin, le roi, sa femme et
son p’tit prince
Sont venus chez moi pour me serrer la pince
Mais
comme j’n’étais pas là, le p’tit prince a dit
Puisque
c’est ainsi nous reviendrons mardi
Lundi
matin, le roi, sa femme et son p’tit prince…
Notre
nation est une république.
Les
langues officielles sont : l’arabe pour les injures ; l’espagnol pour
les blasphèmes ; le colombien pour les chansons ; l’italien pour les
caresses ; le français pour la méchanceté ; le brésilien pour
l’amour ; le farsi pour parler aux oiseaux ; l’anglais pour le
personnel ; l’allemand pour la circulation..
Le
drapeau est rose avec un profil de Grec argent. On peut en changer tant qu’on
veut. Il est resté, pendant cinq ans, sous la présidence Moderato Maestoso, un
torchon qu’on hissait quand on y pensait. La présidente avait choisi pour
devise :’ Ne mélangeons pas les torchons avec les serviettes :
restons torchons (Jean Cocteau).
C’était
sa devise personnelle ; La devise officielle de notre nation est :’’
Si tu penses ce que tu dois, tu ne devrais pas.’’ L’abolition du devoir date de
318 ans déjà.
L’article
2 de notre Constitution stipule que ‘’le patriotisme n’est requis qu’en temps
de guerre’’
Le
jour de la fête nationale est celui de la naissance de Louis Labbé, parfois de
Rossini, parfois d’un ouvrier méritant tiré au sort.
Le
président, élu par le parlement, est une fois sur deux une femme de plus de 80
ans à cheveux blancs…
Savoureux je vous dis…
*Amory Blaine : héros du premier roman de F.S. Fitzgerald : l'envers du Paradis.
**1er vers de L'après-midi d'un faune de S. Mallarmé
*** Vers de ''La soleda segonda'' de Luis Gòngora.
**** Vers de ''Sonnet sur la mort de Laure'' de Pétrarque.
Ce qui est bien dans ce genre de post, c'est que, si on veut savoir ce que l'on écrit, cela oblige à quelques recherches...